- Sujet : L'homme est-il comme une machine qui pense ?
- Concepts : L'homme - est-il - comme - une - machine - qui - pense -
- Extrait du corrigé : Il s'agirait donc de
séparer nettement ce qui relève de
la considération scientifique sur
l'homme, où ce dernier est
effectivement considéré comme objet
réagissant, et la considération
éthique, qui, si elle se base sur
une forme de foi, du moins de
conviction, n'en est pas moins
nécessaire a l'homme dans son
être-avec-autrui. Considérer que
l'homme n'est pas une machine relève
donc d'une position éthique dont
l'abandon signifie la dissolution de
l'homme comme être spécifique dans
notre représentation du monde comme
objet que nous maîtrisons et
utilisons.
Or, supposons maintenant que cette
distinction nécessairement faite par
notre Critique entre les choses
comme objets d'expérience et ces
mêmes choses comme choses en soi ne
fût pas du tout faite, alors, le
principe de causalité, et, par
conséquent, le mécanisme naturel
dans la détermination des choses,
devrait s'étendre absolument à
toutes les choses en général
considérées comme causes efficientes.
Du même être, par conséquent, par
exemple de l'âme humaine, je ne
pourrais pas dire que sa volonté est
libre et qu'elle est en même temps
soumise à la nécessité physique,
c'est-à-dire qu'elle n'est pas libre,
sans tomber dans une contradiction
manifeste, puisque, dans ces deux
propositions, j'ai pris l'âme dans
le même sens, c'est-à-dire comme une
chose en général (comme une chose en
soi), et que, sans une critique
préalable, je ne peux pas la prendre
dans un autre sens. Mais si la
Critique ne s'est pas trompée en
nous apprenant à prendre l'objet
(Object) dans deux sens,
c'est-à-dire comme phénomène et
comme chose en soi; si sa déduction
des concepts de l'entendement est
exacte, si, par conséquent aussi le
principe de causalité ne s'applique
qu'aux choses prises dans le premier
sens, c'est-à-dire en tant qu'elles
sont des objets d'expérience, tandis
que, dans le second sens, ces choses
ne lui sont pas soumises; alors la
même volonté dans l'ordre des
phénomènes (des actions visibles)
peut être pensée comme
nécessairement soumise aux lois de
la nature, et, sous ce rapport,
comme n'étant pas libre, - et
pourtant, d'autre part, en tant
qu'appartenant à une chose en soi,
comme échappant à cette loi
naturelle, et par conséquent comme
libre, sans qu'il y ait ici
contradiction. Or, quoique je ne
puisse connaître mon âme, envisagée
sous ce dernier point de vue, par la
raison spéculative (encore moins par
une observation empirique), ni, par
conséquent, la liberté comme la
propriété d'un être auquel
j'attribue des effets dans le monde
sensible, parce qu'il me faudrait
connaître, d'une manière déterminée,
un tel être dans son existence et
non cependant dans le temps (ce qui
est impossible, parce que je ne puis
étayer mon concept sur aucune
intuition), je puis pourtant penser
la liberté, c'est-à-dire que la
représentation de cette liberté ne
renferme du moins en moi aucune
contradiction, si l'on admet notre
distinction critique des deux modes
de représentation (mode sensible et
mode intellectuel) et la limitation
qui en découle relativement aux
concepts purs de l'entendement, par
conséquent aussi relativement aux
principes qui dérivent de ces
concepts. Or, supposé que la morale
implique nécessairement la liberté
(au sens le plus strict), comme une
propriété de notre volonté,
puisqu'elle pose a priori comme des
données de la raison des principes
pratiques qui ont leur origine dans
cette même raison et qui seraient
absolument impossibles sans la
supposition de la liberté; mais que
la raison spéculative ait démontré
que cette liberté ne se laisse
nullement concevoir, il faut
nécessairement que la première de
ces suppositions - la supposition
morale - fasse place à celle dont le
contraire renferme une contradiction
manifeste; par conséquent, la
liberté et, avec elle, la moralité (dont
le contraire ne renferme aucune
contradiction, quand on ne suppose
pas au préalable la liberté) doivent
céder la place au mécanisme de la
nature. Mais, comme, au point de vue
de la morale, j'ai seulement besoin
que la liberté ne soit pas
contradictoire en elle-même, et
qu'ainsi, du moins, elle se laisse
concevoir sans qu'il soit nécessaire
de l'examiner plus à fond, que, par
suite, elle ne mette aucun obstacle
au mécanisme naturel du même acte (envisagé
sous un autre rapport), ainsi la
doctrine de la moralité garde sa
position et la physique aussi la
sienne. Or, cela n'aurait pas lieu,
si la Critique ne nous avait pas
instruits auparavant de notre
inévitable ignorance par rapport aux
choses en soi et si elle n'avait pas
limité à de simples phénomènes tout
ce que nous pouvons connaître
théoriquement. La même illustration
de l'utilité positive des principes
critiques de la raison pure se
montrerait si nous envisagions le
concept de Dieu et celui de la
nature simple de notre âme, mais je
n'y insiste pas pour être court.
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